De manière générale, mes collègues n'apprécient pas tellement ce genre de réunions, perso j'adore.
Les réunions parents - profs , c'est la Comédie Humaine , une véritable étude sociologique. On y vient pour faire une étude de mœurs.
Je m’installe avec un paquet de Dragibus et je peux vous assurer que c’est mieux que de regarder Secret Story, Confessions Intimes et Tellement Vrai réunis. Des barres de rire, en veux tu en voilà.
Je vous plante le décor. On est 2 ou 3 profs dans une salle (qui sent
le chacal rapport aux monstres qui l’ont occupée toute la journée), on a un
planning qu’on a fait remplir à nos élèves les semaines précédentes avec le nom
des familles qui vont défiler.
J’ai mon carnet de notes avec
moi, les bulletins des gamins avec ma prose dessus et on passe en revue l’attitude
(le bordel sans nom), le travail (la branlette intellectuelle) et
les espoirs (illusions, utopies) pour l’avenir de leur mouflet.
Petit florilège des rencontres :
- Mr et Mme Jesaistout :
Comme souvent, aux réunions
parents-profs, on croise plutôt les parents des bons élèves que de ceux qui
nous emmerdent toute la journée. Justement, les parents de Justine sont venus.
Papa est directeur d’une banque et Maman travaille dans la pub. Justine, elle a
des bonnes notes, même si elle pourrait se forcer un peu plus et fermer sa
gueule un peu plus souvent en cours.
Je leur sers la main, Papa bloque
sur mes (gros) seins et devient tout rouge parce Maman a tout grillé. Ca
commence bien. J’enchaine en disant que les notes de Justine sont
satisfaisantes, qu’elle pourrait cependant faire mieux. Et puis surtout il faut
arrêter les bavardages en cours (sinon il se peut que je lui foute des baffes)
« Ah mais vous savez Justine
elle a toujours été comme ça, c’est une artiste il faut qu’elle s’exprime, qu’elle
crée, qu’elle découvre ….blablabla fuckfuckfuck »
« Ouais ok, bah elle peut s’exprimer
dans mon cours, mais in English please, sur le thème qu’on étudie et pas sur le
jean qu’elle a acheté chez Zara ce
weekend. »
« Sinon, je me permets de
vous dire que j’ai regardé le cahier de Justine et je trouve que votre
progression n’est pas très cohérente et que vous devriez accentuer davantage la
grammaire et l’expression écrite. »
WTF. J’ai pas halluciné la ?
Le mec est en train de me dire comment faire mon taf, foutage de gueule ou quoi ?
J’avale un Dragibus, je prends ma
respiration, je gonfle la poitrine pour lui foutre mes nichons sous le nez et j’enchaine :
« Monsieur, merci pour
votre remarque pertinente. Je me permets de vous rappeler que Justine, qui
passe son temps à se retourner et à
discuter , doit prendre la moitié du cours sur son cahier Oxford alors effectivement j’imagine que cela doit manquer
de cohérence. Concernant la progression de ma séquence pédagogique, nous
travaillons actuellement principalement les compétences d’expression orale et
de compréhension orale, étant donné que votre fille doit passer ces 2 épreuves
pour le bac. Ma séquence est
construite autour de la notion de progrès , comme défini par le Bulletin
Officiel Spécial n°9 du 30 Septembre 2010. J'ai construit ma séquence dans une perspective actionnelle en intégrant toutes les compétences et en donnant aux élèves tous les outils linguistiques, culturels et pragmatiques qui sont nécessaires afin de réaliser la tâche finale qui consiste à écrire un discours, discours que votre fille ne m'a toujours pas rendu d'ailleurs. Mais si vous voulez, on peut aussi prendre rendez-vous ultérieurement pour en discuter plus longuement, je me ferai un plaisir de vous developper ma stratégie pédagogique en 3 parties avec une intro, une conclusion et une problématique, powerpoint à l'appui."
Bon, je lui ai pas dit que c'était a peu prés tout ce que j'ai retenu de mon passage à l'IUFM ( Institut Universitaire de la Fumisterie et du Mensonge ). Du coup, ça l'a calmé, il a bafouillé trois conneries et ils se sont cassés. NANMEHOOOOOO !
Ô joie, ils s'installent comme ils peuvent, ça se bouscule, ça hurle, ça s'insulte.
"Maman, Brian c'est un con, il a pris mon gouter "( Brian a effectivement du Kinder Pingui plein la bouche.)
Maman a un air désolé plaqué sur le visage et j'ai envie de lui offrir un stérilet, une plaquette de pilule et des capotes pour qu'elle arrête de pondre des mômes.
Je prends la parole, en surveillant du coin de l'oeil le chien qui m'a l'air bien excité.
"Les notes de Brian ne sont pas satisfaisantes, il ne s'investit pas assez. Il amène rarement ses affaires, ses devoirs ne sont pas toujours faits et son attitude en cours est problématique. Il bavarde, se retourne tout le temps et interrompt le cours en permanence avec des remarques inappropriées. "
Papa :"Ouais Brian c'est un con, il écoute que dalle, , il s'en fout je vais lui foutre une torgnole."
Le petit frère a sorti des voitures et a entrepris de recréer les 24h du Mans en poussant des cris à tue-tête. Le grand frère se roule une cigarette et je lui rappelle que fumer dans les salles c'est interdit hein.
"Non, mais avant d'en arriver là, vous pouvez peut être l'encadrer à la maison en vérifiant ses devoirs et en l'aidant à préparer son sac le soirau lieu de regarder Les Marseillais à Las Vegas et du catch."
"Non mais de toute façon, Madame Cordialement, l'anglais, faut dire ce qui est hein, ça sert pas à grand chose. Regardez, moi je connais pas l'anglais et puis ça m'empêche pas de vivre, z'êtes pas d'accord ? Nous on est venu parce qu'on doit attendre encore 10 minutes avant de rencontrer la CPE ( Brian a trouvé très judicieux de ramener une bouteille de vodka au lycée la semaine dernière) et du coup on s'est dit qu'on allait vous caler avant d'aller la voir. En plus, parait que vous avez des Dragibus ."
Je ne sais pas même quoi répondre à ça (et je partage pas les Dragibus, ou alors je te donne les bleus qui sont pas bons ), je regarde son tee shirt Johnny Tour 98, avec une photo mi loup - mi Johnny et j'ai de la peine pour Brian qui n'en a strictement rien à carrer et continue à s'empiffrer de Kinder Pingui. Maman n'a rien dit pendant l'entretien, car elle était occupée à changer la petite. Je pense que Mamie s'est endormie, enfin j'espère, j'ai presque envie de la secouer histoire de vérifier.
Ils partent en laissant derrière eux une couche sale, des brins de tabac, une petite voiture de pompier déglinguée et le bulletin de Brian qu'ils ont oublié.
Ah oui, et le putain de clébard a pissé sur mon sac Vera Bradley. (Père Noel, si tu lis je viens de le rajouter à ma wishlist, je t'ai mis un petit lien vers le site.)
"Bonjour Madame Cordialement, on voudrait vous parler de l'orientation post bac de Nikolas. On voudrait qu'il fasse Médecine, il va devenir un grand chirurgien c'est sur. Vous en pensez quoi ? On sait que l'anglais, c'est drôlement important pour sa future carrière.
- Alors faire médecine avec 4 de moyenne en Maths, 5 en SVT et 5,5 en physique-chimie, ça me semble un peu compliqué quand même hein. Quant à l'anglais, Nikolas fait des efforts mais il a des lacunes en grammaire ce qu'il fait qu'il n'a pas la moyenne non plus."
Je me tourne vers Nikolas, parce qu'après tout on parle de son avenir et je lui demande comment il se sent à l'école et ce qu'il a envie de faire plus tard. Nikolas, il se sent pas bien au lycée, je le sais parce qu'il est déjà venu m'en parler. Les longues études c'est pas son truc, lui ce qu'il l'intéresse ce sont les motos. Il dit qu'il veut travailler en tant que mécanicien. La 1ere S, ça le saoule, ses parents le saoulent à fond aussi et tout doucement mais surement ils sont en train de le dégouter de l'école.
Je ressors mon discours sur le bien fondé des filières technologiques et/ou professionnelles ( un jour je vous ferai un petit article sur l'orientation que je considère comme le nerf de la guerre) , si elles sont choisies et pas imposées, qu'il n'y a pas de honte à devenir mécanicien et qu'il faut que Nikolas s'épanouisse dans un domaine qu'il aime. J'ai l'impression de parler à un mur, je sais qu'ils veulent ce qu'il y a de mieux pour leur fils, mais là ça devient n'importe quoi.
Ils repartent avec le bulletin de Nikolas qu'ils vont accrocher dans le salon, emportant avec eux des rêves irréalisables pour leur fils qui me jette un regard désespéré en partant.
Je regarde ma montre , il est 18H40, merde je vais louper l'happy hour dans ce bar que je ne nommerai pas.
Pas le temps, Madame D****** s'est installée.
Elle est venue sans son fils Djordan qui est en Terminale ES. Djordan, j'ai régulièrement envie de l'enfermer dans la chambre froide de la cantine du lycée ou de lui envoyer le tampon du tableau dans la gueule.
Il est insolent au possible, se prend pour le roi du monde et pense que Madame Cordialement est une quiche qu'il peut entuber.
Madame D****** a l 'air fatiguée, je lui parle des notes pas terribles de son fils et surtout de son comportement de merde. Je lui demande comment ça se passe à la maison.
" - Ben je sais pas trop, le soir soit il sort, soit il reste enfermé dans sa chambre.
- Ah ouais , mais vous l'autorisez à sortir la semaine ? Il travaille le soir dans sa chambre ?
- Je lui permets de sortir jusqu'à 1h du matin parce que sinon il me fait une vie pas possible. Dans sa chambre, je sais pas trop ce qu'il fait, mais il a de quoi s'occuper il a son Imac, sa télé écran plat, son Iphone, son Ipad, sa PS3, la Wii."
Merde, c'est Darty dans la chambre de Djordan.
Madame D****** me demande ce qu'elle peut faire, elle ne s'en sort pas avec son fils, Papa s'est barré avec une minette de 20 ans, du coup Djordan fait ce qu'il veut, quand il veut.
J'ai envie de lui dire que je suis prof , pas assistante sociale encore moins Super Nanny (même si j'ai ses lunettes dixit Tétrence. )
-" Vous avez essayé de le priver de consoles par exemple ou d'instaurer des horaires pour qu'il travaille sans télé, sans Facebook ?
- Ah non mais si je fais ça, c'est le conflit assuré. Djordan ne va pas être content et on va se disputer.
- Je comprend bien, mais des fois c'est un peu nécessaire histoire d'instaurer des limites, pour le cadrer toussa toussa.
- Non, mais je préfère le laisser faire, au moins j'ai la paix pendant ce temps là."
Bon alors je suis pas spécialiste en la matière , j'ai pas de mômes moi même ( note to myself : penser à renouveler ma pilule ) mais enfin on fait pas des gamins pour avoir la paix. Le conflit ça peut être bénéfique parfois.
La conversation continue, elle a pas l'air de bien prendre la mesure du problème et elle s'en va en me laissant la conviction que Djordan va continuer à être casse couille et à la faire tourner en bourrique.
Je reçois les parents de Stéphanie, Anne et Guillaume. Ils sont tous bons élèves, ils bossent, je fais des compliments, les parents s'auto-congratulent, les gamins sont contents. Tout va bien dans le meilleur des monde, la relève est assurée, ces mômes vont peut être réussir à payer ma retraite plus tard.
19H11 : Moment de béatitude, ambiance bisounours, petits poneys et licornes à paillettes.
19H12 : Le cleps de la Famille Groseille vient de pisser dans le couloir (c'est quoi le délire avec ce chien sérieux ?) et le petit frère de Brian a marché dedans. Il en fout partout du 1er étage au 3eme étage.
19h13 : J'avale un dragibus. Putain, c'est pas gagné quand même.
La comédie humaine se poursuit et j'observe, tableau après tableau , les portraits de familles tantôt perdues, tantôt inquiètes, parfois bienveillantes, souvent dépassées, un peu à coté de la plaque.
On se regarde avec mes collègues et je me dis que finalement notre métier sert un peu à quelque chose. Peut être qu'on va leur apprendre des trucs, leur apprendre à réfléchir, former des citoyens.
Je me plais à le croire en tout cas.
Plutôt que de se dire que c'est pas gagné, je me dis qu'il y a de la marge de progression ( grosse marge hein), qu'on peut les accompagner pour les aider à trouver leur voie, qu'il y a un vrai travail à accomplir. (Le professeur est un être magique qui se nourrit d'illusions saupoudrées de poudre de perlimpinpin, à défaut de prendre de la coke, le professeur s'en sort de cette façon).
La réunion touche à sa fin, je range mes affaires, il est 20H10.
Je rentre chez moi en me disant que finalement j'ai de la chance de faire un métier que j'aime, demain on remet ça, même qu'en y croyant très fort, je suis sure que je peux faire en sorte que Brian arrête de me dire que "si, si Madame Cordialement, je vous dis que c'est le Nil qui passe à Londres."
20h15 : Je sors récupérer ma voiture. Ce sale bâtard de chien est en train de pisser sur la roue de ma caisse. I swear to God, the old ones and the new, I'm gonna kill that fucking dog.
Des bisous, des léchouilles et des paillettes.
PS1 : On m'a dit que je parlais trop de mes(gros) seins sur ce blog. Deal with it et soyez pas jalouses.
PS2 : On m'a aussi fait remarquer que dans le titre du blog, ya le mot pipe et que ça manque de pipes quand même. Genre publicité mensongère. Je tiens à dire que je suis choquée par ce genre de propos, ces remarques indécentes écorchent mes oreilles chastes et je vous prierai de bien vouloir respecter la pureté de mon esprit ainsi que l'intégrité de ce blog.
Nanmehoooo, c'est pas le genre de la maison.
PS3 : Non, toujours pas .
Bon, je lui ai pas dit que c'était a peu prés tout ce que j'ai retenu de mon passage à l'IUFM ( Institut Universitaire de la Fumisterie et du Mensonge ). Du coup, ça l'a calmé, il a bafouillé trois conneries et ils se sont cassés. NANMEHOOOOOO !
- La famille Groseille :
Ô joie, ils s'installent comme ils peuvent, ça se bouscule, ça hurle, ça s'insulte.
"Maman, Brian c'est un con, il a pris mon gouter "( Brian a effectivement du Kinder Pingui plein la bouche.)
Maman a un air désolé plaqué sur le visage et j'ai envie de lui offrir un stérilet, une plaquette de pilule et des capotes pour qu'elle arrête de pondre des mômes.
Je prends la parole, en surveillant du coin de l'oeil le chien qui m'a l'air bien excité.
"Les notes de Brian ne sont pas satisfaisantes, il ne s'investit pas assez. Il amène rarement ses affaires, ses devoirs ne sont pas toujours faits et son attitude en cours est problématique. Il bavarde, se retourne tout le temps et interrompt le cours en permanence avec des remarques inappropriées. "
Papa :"Ouais Brian c'est un con, il écoute que dalle, , il s'en fout je vais lui foutre une torgnole."
Le petit frère a sorti des voitures et a entrepris de recréer les 24h du Mans en poussant des cris à tue-tête. Le grand frère se roule une cigarette et je lui rappelle que fumer dans les salles c'est interdit hein.
"Non, mais avant d'en arriver là, vous pouvez peut être l'encadrer à la maison en vérifiant ses devoirs et en l'aidant à préparer son sac le soir
"Non mais de toute façon, Madame Cordialement, l'anglais, faut dire ce qui est hein, ça sert pas à grand chose. Regardez, moi je connais pas l'anglais et puis ça m'empêche pas de vivre, z'êtes pas d'accord ? Nous on est venu parce qu'on doit attendre encore 10 minutes avant de rencontrer la CPE ( Brian a trouvé très judicieux de ramener une bouteille de vodka au lycée la semaine dernière) et du coup on s'est dit qu'on allait vous caler avant d'aller la voir. En plus, parait que vous avez des Dragibus ."
Je ne sais pas même quoi répondre à ça (et je partage pas les Dragibus, ou alors je te donne les bleus qui sont pas bons ), je regarde son tee shirt Johnny Tour 98, avec une photo mi loup - mi Johnny et j'ai de la peine pour Brian qui n'en a strictement rien à carrer et continue à s'empiffrer de Kinder Pingui. Maman n'a rien dit pendant l'entretien, car elle était occupée à changer la petite. Je pense que Mamie s'est endormie, enfin j'espère, j'ai presque envie de la secouer histoire de vérifier.
Ils partent en laissant derrière eux une couche sale, des brins de tabac, une petite voiture de pompier déglinguée et le bulletin de Brian qu'ils ont oublié.
Ah oui, et le putain de clébard a pissé sur mon sac Vera Bradley. (Père Noel, si tu lis je viens de le rajouter à ma wishlist, je t'ai mis un petit lien vers le site.)
- Monsieur et Madame L'espoir fait vivre :
Monsieur et Madame jevisdanslemondedesbisounours ont un fils Nikolas, qui est passé en 1ere S après une commission d'appel. Ça veut dire qu'en fin de Seconde, au conseil de classe, on avait proposé une réorientation (en série technologique ou dans un lycée professionnel ) parce que Nikolas il galère a fond. Il est pas méchant, il fout pas le bordel, on sent qu'il fait des efforts mais il galère. Mais Papa et Maman j'aidel'espoir persistent et signent et ont décidé que leur progéniture serait le futur Einstein, qu'il va décrocher un Prix Nobel de Physique et trouver un remède contre le Sida.
Ça donne donc ce genre de conversation complètement hallucinante :"Bonjour Madame Cordialement, on voudrait vous parler de l'orientation post bac de Nikolas. On voudrait qu'il fasse Médecine, il va devenir un grand chirurgien c'est sur. Vous en pensez quoi ? On sait que l'anglais, c'est drôlement important pour sa future carrière.
- Alors faire médecine avec 4 de moyenne en Maths, 5 en SVT et 5,5 en physique-chimie, ça me semble un peu compliqué quand même hein. Quant à l'anglais, Nikolas fait des efforts mais il a des lacunes en grammaire ce qu'il fait qu'il n'a pas la moyenne non plus."
Je me tourne vers Nikolas, parce qu'après tout on parle de son avenir et je lui demande comment il se sent à l'école et ce qu'il a envie de faire plus tard. Nikolas, il se sent pas bien au lycée, je le sais parce qu'il est déjà venu m'en parler. Les longues études c'est pas son truc, lui ce qu'il l'intéresse ce sont les motos. Il dit qu'il veut travailler en tant que mécanicien. La 1ere S, ça le saoule, ses parents le saoulent à fond aussi et tout doucement mais surement ils sont en train de le dégouter de l'école.
Je ressors mon discours sur le bien fondé des filières technologiques et/ou professionnelles ( un jour je vous ferai un petit article sur l'orientation que je considère comme le nerf de la guerre) , si elles sont choisies et pas imposées, qu'il n'y a pas de honte à devenir mécanicien et qu'il faut que Nikolas s'épanouisse dans un domaine qu'il aime. J'ai l'impression de parler à un mur, je sais qu'ils veulent ce qu'il y a de mieux pour leur fils, mais là ça devient n'importe quoi.
Ils repartent avec le bulletin de Nikolas qu'ils vont accrocher dans le salon, emportant avec eux des rêves irréalisables pour leur fils qui me jette un regard désespéré en partant.
Je regarde ma montre , il est 18H40, merde je vais louper l'happy hour dans ce bar que je ne nommerai pas.
Pas le temps, Madame D****** s'est installée.
- Madame D****** :
Elle est venue sans son fils Djordan qui est en Terminale ES. Djordan, j'ai régulièrement envie de l'enfermer dans la chambre froide de la cantine du lycée ou de lui envoyer le tampon du tableau dans la gueule.
Il est insolent au possible, se prend pour le roi du monde et pense que Madame Cordialement est une quiche qu'il peut entuber.
Madame D****** a l 'air fatiguée, je lui parle des notes pas terribles de son fils et surtout de son comportement de merde. Je lui demande comment ça se passe à la maison.
" - Ben je sais pas trop, le soir soit il sort, soit il reste enfermé dans sa chambre.
- Ah ouais , mais vous l'autorisez à sortir la semaine ? Il travaille le soir dans sa chambre ?
- Je lui permets de sortir jusqu'à 1h du matin parce que sinon il me fait une vie pas possible. Dans sa chambre, je sais pas trop ce qu'il fait, mais il a de quoi s'occuper il a son Imac, sa télé écran plat, son Iphone, son Ipad, sa PS3, la Wii."
Merde, c'est Darty dans la chambre de Djordan.
Madame D****** me demande ce qu'elle peut faire, elle ne s'en sort pas avec son fils, Papa s'est barré avec une minette de 20 ans, du coup Djordan fait ce qu'il veut, quand il veut.
J'ai envie de lui dire que je suis prof , pas assistante sociale encore moins Super Nanny (même si j'ai ses lunettes dixit Tétrence. )
-" Vous avez essayé de le priver de consoles par exemple ou d'instaurer des horaires pour qu'il travaille sans télé, sans Facebook ?
- Ah non mais si je fais ça, c'est le conflit assuré. Djordan ne va pas être content et on va se disputer.
- Je comprend bien, mais des fois c'est un peu nécessaire histoire d'instaurer des limites, pour le cadrer toussa toussa.
- Non, mais je préfère le laisser faire, au moins j'ai la paix pendant ce temps là."
Bon alors je suis pas spécialiste en la matière , j'ai pas de mômes moi même ( note to myself : penser à renouveler ma pilule ) mais enfin on fait pas des gamins pour avoir la paix. Le conflit ça peut être bénéfique parfois.
La conversation continue, elle a pas l'air de bien prendre la mesure du problème et elle s'en va en me laissant la conviction que Djordan va continuer à être casse couille et à la faire tourner en bourrique.
Je reçois les parents de Stéphanie, Anne et Guillaume. Ils sont tous bons élèves, ils bossent, je fais des compliments, les parents s'auto-congratulent, les gamins sont contents. Tout va bien dans le meilleur des monde, la relève est assurée, ces mômes vont peut être réussir à payer ma retraite plus tard.
19H11 : Moment de béatitude, ambiance bisounours, petits poneys et licornes à paillettes.
19H12 : Le cleps de la Famille Groseille vient de pisser dans le couloir (c'est quoi le délire avec ce chien sérieux ?) et le petit frère de Brian a marché dedans. Il en fout partout du 1er étage au 3eme étage.
19h13 : J'avale un dragibus. Putain, c'est pas gagné quand même.
La comédie humaine se poursuit et j'observe, tableau après tableau , les portraits de familles tantôt perdues, tantôt inquiètes, parfois bienveillantes, souvent dépassées, un peu à coté de la plaque.
On se regarde avec mes collègues et je me dis que finalement notre métier sert un peu à quelque chose. Peut être qu'on va leur apprendre des trucs, leur apprendre à réfléchir, former des citoyens.
Je me plais à le croire en tout cas.
Plutôt que de se dire que c'est pas gagné, je me dis qu'il y a de la marge de progression ( grosse marge hein), qu'on peut les accompagner pour les aider à trouver leur voie, qu'il y a un vrai travail à accomplir. (Le professeur est un être magique qui se nourrit d'illusions saupoudrées de poudre de perlimpinpin, à défaut de prendre de la coke, le professeur s'en sort de cette façon).
La réunion touche à sa fin, je range mes affaires, il est 20H10.
Je rentre chez moi en me disant que finalement j'ai de la chance de faire un métier que j'aime, demain on remet ça, même qu'en y croyant très fort, je suis sure que je peux faire en sorte que Brian arrête de me dire que "si, si Madame Cordialement, je vous dis que c'est le Nil qui passe à Londres."
20h15 : Je sors récupérer ma voiture. Ce sale bâtard de chien est en train de pisser sur la roue de ma caisse. I swear to God, the old ones and the new, I'm gonna kill that fucking dog.
Des bisous, des léchouilles et des paillettes.
PS1 : On m'a dit que je parlais trop de mes
PS2 : On m'a aussi fait remarquer que dans le titre du blog, ya le mot pipe et que ça manque de pipes quand même. Genre publicité mensongère. Je tiens à dire que je suis choquée par ce genre de propos, ces remarques indécentes écorchent mes oreilles chastes et je vous prierai de bien vouloir respecter la pureté de mon esprit ainsi que l'intégrité de ce blog.
Nanmehoooo, c'est pas le genre de la maison.
PS3 : Non, toujours pas .

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